février 13, 2018 Entrevues Pas de commentaire

Changements climatiques : Être prêts jusqu’au robinet

 

Titulaire d’une maîtrise en sciences économiques de l’ESG UQAM, Katherine Pineault occupe le poste d’économiste de l’adaptation aux changements climatiques chez Ouranos. Dans le cadre de la conférence « Ressources en eau de la CMQ pour 2021-2050 : vulnérabilités, coûts des pénuries et adaptation » qui aura lieu le 13 mars au Salon des TEQ, Mme Pineault présentera les résultats préliminaires de l’analyse des vulnérabilités des ressources en eau de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) et discutera des répercussions économiques, des solutions d’adaptation et de leur rentabilité.

Comment intégrez-vous les changements climatiques dans l’analyse des vulnérabilités des ressources en eau?

Les changements climatiques sont intégrés de deux façons dans l’analyse des vulnérabilités des ressources en eau.

D’une part, l’évolution du climat a des répercussions sur les débits observés dans les rivières. Puisqu’on observera des changements dans les précipitations, une augmentation des températures et une augmentation de l’évapotranspiration (évaporation de l’eau des sols et transpiration des plantes), les débits observés en rivière seront modifiés.

D’autre part,  la consommation d’eau potable des citoyens augmente assez rapidement lors des périodes de chaudes températures estivales. L’effet des changements climatiques sur la consommation est aussi intégré à notre étude.

Généralement, quels sont les coûts associés à des pénuries d’eau? Et ceux associés aux mesures d’adaptation?

Les coûts associés à une pénurie d’eau potentielle dépendent du contexte local et municipal ainsi que de l’intensité et de la durée de celle-ci.

Pour une pénurie légère et de courtes durées, le coût principal serait lié à la perte de bien-être des usagers qui manqueraient d’eau pour subvenir à tous leurs besoins. Pour des pénuries plus importantes, les coûts reliés peuvent être plus considérables. En plus de la perte de bien-être plus importante des usagers, d’autres coûts peuvent s’accumuler, comme ceux des mesures d’urgence mises en place par les autorités ou les pertes commerciales et industrielles liées au manque d’eau potable. Dans les cas les plus extrêmes, des pénuries pourraient menacer les opérations vitales des hôpitaux qui dépendent de l’approvisionnement en eau pour soigner leurs patients. La capacité des services d’urgence à maîtriser des incendies pourrait aussi être mise en péril. Ces situations entraîneraient des coûts très importants.

Dans certains cas, la menace d’une pénurie pousserait les opérateurs d’usine de traitement d’eau à soutirer de l’eau au-delà de certaines limites. Pour certains cours d’eau, cela peut avoir un impact négatif sur les écosystèmes fluviaux et sur les autres usages. Les dommages environnementaux associés et les pertes relatives aux autres usages représentent également des coûts.

Lors de l’analyse avantages-coûts, les coûts des pénuries sont comptabilisés. Les mesures d’adaptation permettent d’éviter ces coûts en partie ou en totalité; c’est ce qu’on considère comme les avantages de l’adaptation. Les mesures ont aussi des coûts qu’il est nécessaire d’évaluer avant leur mise en place.

Les mesures d’adaptation aux pénuries peuvent être diversifiées. Pour chaque mesure, les coûts les plus évidents sont ceux liés à sa mise en place et à son opération. Toutefois, s’arrêter là ne donnerait pas la vue d’ensemble de l’adaptation : les mesures, si elles préviennent les pénuries, peuvent aussi affecter les autres usages, l’environnement ou le bien-être des citoyens. Si ces effets sont négatifs, ils sont comptabilisés comme des coûts. Lorsqu’ils sont positifs, ils sont considérés comme des avantages.

À partir des résultats et conclusions de ce projet, vous comptez produire un guide méthodologique à l’intention des autres municipalités québécoises. En quoi ce guide que vous comptez développer facilitera-t-il la prise de décisions pour les municipalités dans un contexte de changements climatiques?

Depuis 2014, le gouvernement exige les analyses de la vulnérabilité des sources destinées à l’alimentation en eau potable, en vertu du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection.

À cet effet, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) a produit un guide pour encadrer et uniformiser les analyses de la vulnérabilité des sources destinées à l’alimentation en eau potable.

Le guide que nous développons bonifiera les consignes du MDDELCC pour les analyses. Il permettra entre autres la valorisation des données les plus récentes de la Direction de l’expertise hydrique, d’anticiper les besoins futurs et d’analyser succinctement les mesures d’adaptation. Le guide vise à être accessible pour toutes les municipalités du Québec. Ainsi, il fournira une méthodologie relativement simple pour évaluer les risques avec des ressources limitées. Il présentera également en détail des méthodologies plus élaborées utilisées dans notre étude afin de guider les experts à l’œuvre ou mandatés par les municipalités pour effectuer des analyses plus détaillées.

Le guide permettra d’approfondir l’étude des vulnérabilités et appuiera la démarche pour prendre des décisions éclairées pour s’en prémunir et s’y préparer.

Il pourrait également servir aux municipalités qui comptent modifier ou mettre à jour leurs infrastructures. Elles pourront le consulter pour intégrer les effets des changements climatiques dans la planification de leurs travaux afin d’assurer une vulnérabilité minimale.

Venez en découvrir plus dans le cadre de la conférence « Ressources en eau de la CMQ pour 2021-2050 : vulnérabilités, coûts des pénuries et adaptation » qui aura lieu le 13 mars 2018 à 10h30 salle Ville durable.

Propos recueillis par : Marie-Claire Dumont, coordonnatrice Secteur Air & Changements climatiques et conseillère Partenaires dans la protection du climat au Québec | Consortium AQME et Réseau Environnement

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