février 23, 2018 Entrevues Pas de commentaire

La réutilisation des eaux usées : les nouvelles tendances de l’Atlantique-Nord au Pacifique-Sud!

 

Lorsqu’elles sont traitées selon des normes appropriées, les eaux usées domestiques et industrielles peuvent être de haute qualité et réutilisées comme un complément durable aux sources d’approvisionnement en eau. Afin de briser les perceptions négatives vis-à-vis de l’eau recyclée, je me suis entretenue avec Guillaume Clairet, globe-trotteur qui gère aujourd’hui une équipe de 550 professionnels du traitement de l’eau.

Guillaume Clairet est chef de la direction des opérations (COO) pour H2O Innovation, un leader mondial dans l’industrie du traitement des eaux. Il est détenteur d’un baccalauréat en Génie physique de l’Université Laval à Québec et d’un MBA de l’Université de San Diego en Californie. M. Clairet a joint H2O Innovation en 2004 à titre de chargé de projet alors que la compagnie était une jeune start-up.

La réutilisation des eaux usées n’est pas très en vogue au Québec. Pourquoi cette façon de procéder tend-elle à être connue et « dé-marginalisée »?

La réutilisation présente plusieurs aspects intéressants. D’une part, elle permet de réduire la demande en eau potable et par le fait même de conserver les ressources naturelles. Il y a beaucoup trop d’industries au Québec qui consomment de gros volumes d’eau potable alors qu’elles pourraient se satisfaire de la qualité d’une eau recyclée qui, de surcroît, est bien moins coûteuse à produire.

D’autre part, lorsqu’on réutilise des eaux usées, on réduit par le fait même la quantité d’effluent qu’on rejette dans l’environnement. Les normes de rejets dans les cours d’eau sont encore faibles au Québec et conséquemment les eaux usées, même s’ils elles sont traitées, représentent encore une source de pollution importante de nos milieux récepteurs. À l’inverse, si on recycle l’eau usée plutôt que de se limiter à la traiter, on réduit de façon très importante la pollution des divers contaminants rejetés via les effluents d’usines d’assainissement.

Au cours de votre conférence au Salon des TEQ, plusieurs projets nord-américains et à l’international seront présentés, qu’est-ce qui limite aujourd’hui la répétabilité de ce type de projets?

Il n’y a plus rien qui limite ce genre de projets. Les technologies sont maintenant éprouvées et répandues alors que les coûts d’implantation et d’opération sont tout à fait abordables quand on les compare aux coûts de production d’eau potable moyens au Québec. En fait, le genre de projets comme ceux qui seront présentés sont maintenant fréquents et même ‘’monnaie courante’’ en Californie, en Floride, au Texas et dans d’autres États à l’avant-garde en terme de gouvernance environnementale. Au Canada, l’Ontario commence tranquillement à implanter ce genre de projets mais le Québec est malheureusement très en retard. Ce retard s’explique selon moi par une combinaison entre un manque de vision de la part des élus municipaux et d’un manque de connaissances des professionnels de l’eau dans les différents paliers de gouvernements et dans les bureaux de génie conseils. Ces derniers influencent ultimement les décisions et les investissements des élus municipaux en ce qui a trait aux infrastructures de gestion de l’eau et il est évidemment très difficile de faire des recommandations d’implantation d’ouvrages d’envergure qu’on ne connait peu on qu’on ne maîtrise pas.

Le recyclage direct des eaux usées pour la production d’eau potable demeure peu courant en raison des multiples systèmes de traitement qu’il est nécessaire de mettre en place pour enlever les contaminants. Quelles sont les innovations technologiques dans le secteur?

Le recyclage DIRECT (DPR pour Direct Potable Reuse) des eaux usées pour en faire de l’eau potable utilise en fait les mêmes technologies de traitement que le recyclage INDIRECT (IPR pour Indirect Potable Reuse). Le fait que le ‘’DPR’’ soit moins répandu que le ‘’IPR’’ à l’heure actuelle est explicable pour 3 raisons :

1) Le public nord-américain a encore une mauvaise perception à l’idée de boire de l’eau qui est passée préalablement par des toilettes même si elle est traitée adéquatement. Cela rend l’acceptation sociale de ce genre de projets difficiles et donc peu de politiciens osent les proposer.

2) Les technologies de monitoring et de mesure de la qualité d’eau doivent être infaillibles et ce en continue lorsqu’on envoie de l’eau recyclée directement dans les réseaux d’aqueduc. Dans les cas du ‘’IPR’’, l’eau recyclée est retournée à l’environnement pour un séjour de quarantaine arbitraire qui permet de ‘’déresponsabiliser’’ le traiteur d’eau de son obligation de fournir une eau potable en tout temps. La notion de responsabilité est très importante ici car on parle de la santé de populations entières; un sujet très sensible. Qui payerait la facture dans le cas d’un problème de santé généralisé dû à la consommation d’eau recyclée?

3) La réglementation en matière d’eau potable dite ‘’recyclée’’ est encore peu existante dans la majorité des pays industrialisés. Il est ainsi difficile pour les entités en charge de fournir de l’eau potable de savoir s’il leur est permis ou non de recycler l’eau usée et de la distribuer légalement. Les organismes légiférant les pratiques en eau comme l’EPA au niveau Fédéral et le CDPH pour l’État de la Californie sont toutefois affairés à développer des documents qui deviendront ultimement des projets de loi encadrant la réutilisation directe de l’eau recyclée en eau potable.

Selon vous, comment les perceptions négatives vis-à-vis de l’eau recyclée peuvent-elles être brisées?

Il est important de comprendre que chaque goutte d’eau qui s’écoule dans la majorité des cours d’eau aux États-Unis, comme celui de la rivière Colorado par exemple est traitée de multiple fois et ce sur des milliers de kilomètres. À son arrivée à l’Océan Pacifique, chaque goutte d’eau des fleuves majeurs américains aura été recyclée entre 3 à 10 fois dépendamment des cours d’eau.

En tant que société, il faut donner un gros coup sur l’éducation et la sensibilisation de cette réalité et revoir le ‘’cycle de l’eau’’ en incluant l’utilisation que nous en avons et son recyclage.

Singapore est un exemple à suivre dans ce domaine. Les usines de recyclage des eaux sont de véritables musées d’interprétation et peuvent sensibiliser dès le plus jeune âge à l’importance de recycler les eaux usées et ce dans un milieu adapté et ludique.

Parlez-nous de votre entreprise.

H2O c’est aujourd’hui plus de 600 employées réparties dans 11 places d’affaires à travers 4 pays (Canada, USA, Mexique et Espagne). C’est plus de 100M$ de chiffres d’affaires. C’est aussi plus de 750 systèmes de traitement d’eau potable, usée, recyclée et/ou dessalée en opération. C’est un réseau de distributeurs internationaux nous permettant d’exporter nos produits dans plus de 40 pays. C’est une équipe de professionnels passionnés et talentueux qui partagent des valeurs communes, celles de L’EAU : pour Loyauté, Entrepreneurship, Accomplissement et Unité.

Venez en apprendre plus sur ce sujet le 14 mars à 14 heures au Salon des technologies environnementales du Québec.

Texte par Stéphanie Petit, coordonnatrice | Secteur Eau, Réseau Environnement |Section québécoise de l’American Water Works Association |Affiliation avec la Water Environment Federation

Written by Reseau Environnement