Le défi environnemental d’un événement : le cas du Festival d’été de Québec

 

Avec les préoccupations environnementales grandissantes, de nombreux organisateurs d’événements déploient des efforts considérables afin de réduire les impacts de leurs activités. Le Festival d’été de Québec (FEQ) a joint ce mouvement et tente maintenant de faire sa place au rang des événements écoresponsables. Mathieu Painchaud-April, directeur du bureau de Québec de Chamard stratégies environnementales, répond à nos questions.

Le Festival d’été de Québec fait la gestion responsable de son événement depuis 9 ans maintenant, pourquoi se sont-ils lancés dans cette aventure?

C’est aux alentours de 2005-2006 qu’une gestion plus responsable et écologique au FEQ a été instaurée.  Dans ces années, la bière était servie en bouteille et pour des raisons de sécurité, il était également obligatoire de la verser dans un verre de plastique non recyclable fourni par le fournisseur/partenaire.  C’est ce même fournisseur qui a proposé l’idée de servir la bière directement à la canette afin d’éviter l’utilisation de ces verres.

Après avoir fait la demande aux différents partenaires publics avec le FEQ collabore, un nouveau système d’exploitation sur les sites extérieurs a été mis en place. Par cette action, il était possible de non seulement éliminer toute cette production de déchets supplémentaires, mais les opérations se sont améliorées et le débit de vente du Festival s’est grandement accéléré. Comme notre distribution s’est avérée plus efficace, les revenus de ventes ont augmenté et il s’agit d’un élément très important dans un modèle d’affaire comme celui du FEQ. C’est ainsi que l’organisation a commencé à prendre un virage vert officiellement.

Depuis ce temps, le FEQ a créé un comité afin de mettre en place des actions responsables telles que la gestion des matières résiduelles en événement, la compensation de toutes les émissions de gaz à effet de serre engendrés par l’organisation ainsi que plusieurs autres démarches environnementales, sociales et économiques.

Qu’implique une gestion responsable d’événement et quels sont les avantages?

Une gestion responsable d’événement implique d’abord et avant tout une volonté et une ouverture d’esprit de la part de l’organisation. Bien entendu, des ressources financières, des ressources humaines ainsi que du temps prévu à ce dossier sont des éléments nécessaires.

Une fois ces éléments en place, il suffit d’une bonne planification en amont, la rédaction d’un plan de développement avec des objectifs réalisables, une sélection stratégique des collaborateurs/fournisseurs et nous aurons une gestion responsable de notre événement.

Une association avec un partenaire financier peut être un excellent coup de pouce pour le développement durable et l’écoresponsabilité.

Le FEQ souhaite minimiser son empreinte écologique et poursuivre son développement de façon durable, en posant divers gestes et actions afin de réduire les impacts négatifs et augmenter les impacts positifs.

En voici quelques avantages pour l’organisation :

-Améliorer l’image de l’événement

-Donner de la notoriété à l’entreprise par leurs actions

-Favoriser le développement économique de la région

-Encourager des fournisseurs locaux

-Faciliter le financement de partenaires publics

-Répondre aux exigences de certaines instances et partenaires de l’événement

-Agir en bon citoyen corporatif

-Sensibiliser la clientèle de l’événement

Quelles sont les meilleures pratiques du Festival d’été de Québec qui pourraient être reproduites ailleurs?

Pour faciliter la gestion responsable de ses matières résiduelles, le FEQ travaille en collaboration avec son fournisseur pour l’entretien, Qualiplus, et bénéficie des conseils de la firme Chamard stratégies environnementales. La gestion des matières résiduelles est prise en compte dès la planification des opérations, notamment en ce qui concerne la logistique de collecte, l’aménagement des sites et le choix des fournisseurs.

L’équipe présente lors de l’événement est proactive et les solutions aux problèmes rencontrés sont discutées par les intervenants du FEQ, de Qualiplus et de Chamard. La combinaison des expertises fait en sorte que les considérations économiques, logistiques et environnementales sont prises en compte de façon optimale.

Voici quelques exemples de mesures mises de l’avant par le FEQ :

-Collecte de matériaux secs au montage et au démontage

-Collecte de matières recyclables, de matières organiques et de cannettes consignées lors de l’événement

-Consommation de bière en cannettes plutôt qu’en verre

-Formation des concessions alimentaires, fourniture et identification des équipements de tri des matières résiduelles

-Audits visuels pour juger de la qualité du tri par les fournisseurs et rétroaction à ceux-ci

-Tri des sacs de matières recyclables et des matières ramassées sur les sites

-Comptabilisation des bordereaux de pesée des collecteurs

-Caractérisation des matières résiduelles ciblées afin de mieux en connaître la composition de certains flux

-Production d’un rapport annuel détaillant les mesures mises de l’avant, la performance ainsi que les recommandations

Quels sont les défis en termes de suivi des performances et comment les avez-vous surmontés?

Les sites utilisés pour le FEQ sont très étendus, mais les matières résiduelles sont ramenées principalement à un endroit pour permettre le tri et faciliter les collectes. Compte tenu des quantités, la majorité des collectes est effectuée au moyen de conteneurs transrouliers (roll-off). Pour ceux-ci, il est possible d’obtenir des bordereaux de pesée auprès des collecteurs. Les matières collectées en bacs roulants ou en conteneurs ne sont cependant pas pesées par les collecteurs. Afin de disposer des données les plus justes possible, des pesées ponctuelles sont effectuées par l’équipe terrain et mises en relation avec les volumes de matières collectées.

La quantification des canettes consignées revêt d’une grande importance, non seulement pour le suivi de la performance, mais aussi pour établir le montant de la consigne récupéré par le FEQ. Autrefois, le collecteur estimait les quantités récupérées en comptabilisant le nombre de sacs remplis. Cette méthode amenait une importante marge d’erreur, puisque le collecteur considérait des sacs remplis de canettes entières, alors que la réalité était qu’une grande proportion de celles-ci était écrasée. Pour pallier cette problématique, une comptabilisation du nombre de canettes dans un sac typique ainsi qu’une pesée a été effectuée. En 2017, l’arrivée d’un nouveau fournisseur a permis une comptabilisation réelle du nombre de canettes ainsi que la pesée de l’aluminium collecté.

Finalement, jusqu’en 2017, un grand inconnu restait les quantités de matières ramassées par le balai mécanique nettoyant les rues après les spectacles majeurs. Avec la collaboration de la Ville de Québec, l’ensemble de ces matières a été accumulé durant le FEQ, puis pesé à l’incinérateur.

Ce sujet vous intéresse? Rendez-vous le 13 mars au Salon des TEQ à 16 h dans la Salle Gestion des matières résiduelles 1.

Propos recueillis par : Geneviève David Watson, Coordonnatrice communications, sensibilisation et relève chez Réseau Environnement

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