février 16, 2018 Entrevues Pas de commentaire

Opération d’envergure à la Ville de Montréal pour réduire la consommation d’eau de million de mètres cube par année

 

Afin de bénéficier d’une eau potable de qualité en tout temps et à moindre coût, il est nécessaire d’utiliser l’eau de façon responsable. La Ville de Montréal a adopté deux règlements sur l’usage de l’eau potable, dont notamment l’interdiction d’utiliser les appareils de refroidissement ou de climatisation utilisant de l’eau potable. Ces dernières années, les efforts se sont concentrés sur cette source importante de gaspillage d’eau. Des milliers d’institutions, commerces et industries ainsi que des centaines d’immeubles résidentiels sont concernés. Afin d’informer les utilisateurs de l’exigence d’éliminer ces appareils, des documents d’informations ont été développés et des inspections ont débuté, impliquant une diversité d’intervenants sur le terrain.

Rémi Haf, conseiller en planification au Service de l’eau de la Ville de Montréal, œuvre depuis plus de 25 ans dans des domaines relatifs à la protection de l’environnement en milieu urbain. Il a d’abord travaillé sur des projets d’assainissement urbain en Afrique de l’Ouest et travaille depuis 12 ans en tant que Conseiller en planification à la Ville de Montréal. M. Haf a intégré la Division de la gestion durable de l’eau du Service de l’eau en 2011 et coordonne, entre autres, des projets en lien avec l’usage de l’eau (notamment SQEEP, règlements, patrouille bleue).

Les appareils de refroidissement utilisant l’eau sont une source importante de gaspillage d’eau potable. Quel est le volume équivalent consommé par de tels appareils?

Il faut comprendre au départ qu’un grand nombre de commerces (ex. dépanneurs, restaurants, bars, épiceries, etc.) utilisent des appareils de réfrigération dont le condenseur est refroidi avec l’eau sans boucle de recirculation. Nos données indiquent qu’un seul appareil peut consommer facilement 10 000 litres par jour. De plus, dans le secteur résidentiel, on a constaté qu’un certain nombre d’immeubles en copropriétés disposent de climatiseurs refroidis à l’eau. Et c’est sans compter les appareils présents dans les secteurs institutionnels et industriels. Il est donc difficile de donner un chiffre exact, mais nous savons que ce sont plusieurs dizaines de millions de mètres cubes d’eau qui sont consommés par ces seuls appareils chaque année. Pour donner une image, c’est comme si toute l’eau potable produite par l’usine de Pierrefonds était dédiée à ces seuls appareils (cette usine a une production de près de 30 millions de mètres cube d’eau par année).

Depuis juillet 2013, il est interdit d’installer un appareil de climatisation, de réfrigération, de refroidissement, de chauffage, un groupe électrogène ou tout appareil de mécanique du bâtiment utilisant de l’eau de l’aqueduc. Quelles sont les solutions pour optimiser ses systèmes de climatisation et de refroidissement?

Il existe une variété de technologies sur le marché qui permettent de se conformer à la réglementation. Tout dépend des besoins et des types d’appareils en usage. Cela va des appareils refroidis à l’air aux systèmes avec une boucle de recirculation au glycol. Cependant, il faut reconnaître que les coûts de remplacement peuvent être parfois relativement dispendieux. C’est pourquoi un délai de 5 ans avait été prévu dans la réglementation afin de laisser le temps aux propriétaires concernés de se conformer. Il faut savoir que l’élimination de ces appareils va contribuer directement à améliorer grandement le bilan de Montréal en matière de consommation d’eau. En éliminant ces appareils, on augmente sensiblement la capacité disponible du réseau d’égout pour gérer les pluies, ce qui contribuera à réduire les débordements d’eaux usées dans le fleuve.

Aujourd’hui vous accompagnez les gestionnaires immobiliers et le secteur industriel, commercial et institutionnel à se conformer à la réglementation. Quel est le plus grand succès rencontré? Et le plus grand défi?

Malgré le délai de 5 ans accordé aux ICI (industries, commerces, institutions), un certain nombre de ceux-ci ne se sont pas encore conformés à la réglementation. Toutefois, nous avons fait beaucoup d’efforts pour informer directement les propriétaires concernés et nous constatons que le virage est en train de se produire. De nombreux propriétaires, tant dans le secteur commercial que dans le secteur résidentiel nous indiquent volontairement leur intention de se conformer et les démarches entreprises afin d’éviter d’être en infraction. C’est pourquoi, nous privilégions pour le moment la poursuite de la sensibilisation, mais il est certain qu’à terme nous interviendrons auprès des récalcitrants car, avec les compteurs d’eau, nous serons en mesure de détecter les ICI qui ont des consommations d’eau anormales.

Vous collaborez avec le Centre des technologies de l’eau (CTEAU) pour développer des solutions. Quelles sont les perspectives d’une telle collaboration?

Nous nous sommes associés avec le CTEAU pour évaluer la possibilité de créer une boucle de recirculation à l’eau sur les systèmes existants. Le but étant d’offrir une solution qui pourrait permettre de réduire les coûts pour se conformer à la réglementation tout en réduisant significativement la consommation d’eau. Un banc d’essai avec une boucle de recirculation couplé à un refroidisseur à l’air est en cours d’installation par le CTEAU. Les tests doivent débuter prochainement. L’objectif est de pouvoir offrir un schéma type de boucle de recirculation d’eau et des équipements nécessaires avec une estimation des coûts. Ainsi, le propriétaire pourra évaluer si cette option s’avère plus économique, au regard des autres solutions offertes sur le marché et ainsi l’aider à prendre une décision éclairée.

Pour en savoir plus sur le sujet et rencontrer Rémi Haf, rendez-vous à la session paneliste Économie d’eau : stratégie et études de cas le 14 mars 2018 à 10 h 30 au Salon des TEQ!

Texte par Stéphanie Petit, coordonnatrice | Secteur Eau, Réseau Environnement |Section québécoise de l’American Water Works Association |Affiliation avec la Water Environment Federation

 

Written by Reseau Environnement